Vers la butte

Par cette belle journée, je vous emmène faire un tour au cœur de la Butte-aux-Cailles, quartier aux allures de village, qui a vu atterrir en 1783 Pilâtre de Rozier et le Marquis d’Arlandes lors du premier vol humain en aérostat. Aujourd’hui, place au 13ème arrondissement de Paris, également appelé arrondissement des Gobelins. Tout le monde est prêt? Alors, une fois n’est pas coutume, suivez le guide!

Le 13ème arrondissement est divisé en 4 quartiers administratifs :

  • Quartier de la Salpêtrière
  • Quartier de la Gare
  • Quartier de Maison-Blanche
  • Quartier de Croulebarbe

Ici, vous pourrez aller faire le rat de bibliothèque dans la prodigieuse Bibliothèque Nationale Française (BnF), aller manger des sushis ou quelques nems, puisque le 13ème est aussi l’un des plus grands quartiers asiatiques d’Europe, aller admirer du Street Art avec, entre autre, des créations de Miss Tic. Le 13ème vaut vraiment le détour!

Commençons par la rue Maurice et Louis de Broglie, du nom de deux frères physiciens.
Maurice de Broglie (1875 – 1960) a effectué de nombreux travaux sur les rayons X et a découvert les spectres corpusculaires des éléments (auxquels il donnera son nom) permettant de pénétrer directement dans l’atome. Durant la première guerre mondiale, il invente un appareil permettant de recevoir les signaux de la Télégraphie Sans Fil (T.S.F.) tandis que son frère, Louis de Broglie ( 1892 – 1987), se trouvait en haut de la Tour Eiffel, chargé de manipuler la T.S.F. et de capter les messages allemands pour les déchiffrer.
Il fut appelé « le télégraphiste de la Tour Eiffel ». Il aborda de nombreux domaines de recherche théorique durant sa vie. Il obtient le prix Nobel de physique pour sa découverte de la nature ondulatoire de l’électron. Grâce à lui, on a effectivement appris que l’électron se comporte à la fois comme une onde et comme une particule. Cette découverte est l’une des plus importantes de la physique du XXe siècle, puisqu’elle est à la base de la mécanique quantique.

Vers la station de métro Nationale, juste à côté, voici la rue du docteur Victor Hutinel, du nom du docteur Victor-Henri Hutinel (1849 – 1933), qui a travaillé à l’hôpital de la Salpêtrière situé juste à côté. Après avoir été médecin de guerre au cours du conflit de 1870-71 contre les Prussiens, il se consacre aux maladies de l’enfant, et publia différents traités sur cette spécialité : Les maladies de l’enfantDistrophies de l’adolescence ou encore Le syndrome malin dans les maladies de l’enfance. Il sera directeur de l’hôpital Necker en 1907.

Rapprochons nous de l’Université Paris-Diderot, pour prendre la rue Marie-Louise Dubreil-Jacotin. Marie-Louise Dubreil-Jacotin (1905 – 1972) est une mathématicienne qui s’intéressa particulièrement au domaine de l’algèbre. Son ouvrage Leçons d’algèbre sera largement diffusé. A l’âge de 29 ans, elle se voit refuser l’entrée à l’Ecole Polytechnique car c’était une femme et, à l’époque, seuls les hommes pouvaient y entrer. Classée pourtant 2ème au concours, elle est déclassée et se retrouve 21ème. Seuls les 20 premiers étaient reçus. Première femme nommée professeure de mathématiques à l’université, en 1943, elle contribuera à mettre en avant toute sa vie la femme dans les sciences et publiera de nombreux articles sur les femmes scientifiques célèbres.

A quelques pas d’ici se trouve la rue Einstein, rendant hommage à celui qui est considéré comme l’un des plus grands physiciens de l’histoire, Albert Einstein (1879 – 1955). Nous lui devons de nombreux travaux de toute première importance, notamment la théorie de la relativité qu’il publie en 1905, avec cette fameuse équation que tout le monde connait : E=mc², et la découverte de l’effet photoélectrique, principe physique permettant de produire de l’électricité à partir de la lumière du soleil et qui est utilisé dans les fameux panneaux solaires. Pour cette découverte, il reçoit le prix Nobel de physique en 1921.
La succession d’inventions et de découvertes scientifiques, dont celles d’Albert Einstein, ont conduit à la mise au point de la bombe atomique. En 1939, Einstein alerte le président Roosevelt des travaux avancées en matière d’armement nucléaire par les nazis. Dans cette lettre, il était écrit : « les résultats des recherches effectuées récemment [...] me démontrent qu’on peut s’attendre à ce que l’élément uranium puisse, dans un avenir immédiat, devenir une nouvelle et importante source d’énergie. Ce nouveau phénomène peut conduire aussi à la construction de bombes extrêmement puissantes. Une seule de ces bombes, transportée par bateau, et qu’on laisserait exploser dans un port, pourrait détruire tout le port et le territoire environnant ». On connaît les suites de cette lettre et comme il le dira plus tard avec tristesse, lui, pacifiste convaincu, il a « pressé sur le bouton ».

Tournons à droite et nous voici rue Lepaute, du nom de Nicole-Reine Lepaute (1723 – 1788). Mathématicienne et astronome, elle participa avec Alexis Clairaut (que nous avons  déjà croisé dans le 17ème) aux calculs de prédiction du retour de la comète de Halley.
Ce dur labeur sera couronné de succès puisque la comète arrive avec seulement un mois d’avance sur la date prévue par les calculs minutieux des scientifiques, le 13 Mars 1759. Dans son oeuvre Théorie des comètes, Clairaut oubliera cependant de la citer. Elle réalisera également les calculs nécessaires à la conception des tables astronomiques permettant de connaitre la position d’un objet céleste.

Éloignons nous à présent des quais de Seine. La rue Moureu et la rue du Docteur Magnan longent le parc de Choisy.
Charles Moureu (1863 – 1929) était un chimiste qui créa un grand laboratoire dans le Collège de France, pouvant se consacrer ainsi à ses recherches avec son collègue Charles Dufraisse, avec qui il va publier de nombreux travaux. Ils découvrent entre autre les antioxydants, qui sont des molécules s’opposant à la réaction d’oxydation. C’est une découverte majeure puisque ces molécules sont utilisées dans de nombreux produits afin de les protéger de l’oxydation, et donc, du vieillissement. Ils sont incorporés dans les cosmétiques par exemple, ou même dans certains produits alimentaires tels que le beurre.
Valentin Magnan (1835 – 1916) était quant à lui un psychiatre qui fit toute sa carrière à l’asile Sainte-Anne, ce qui lui valut le surnom de « Maître de Sainte-Anne ». Il s’intéressa aux effets de l’alcoolisme et aux troubles mentaux liés à cette addiction. Il répartit la dégénérescence en 4 classes : l’idiotie, l’imbécillité, la débilité mentale et le déséquilibre mental. Il réforma également les conditions des malades en supprimant la camisole ou encore les cellules d’isolement.

En nous dirigeant vers le parc Montsouris se trouve la rue Le Dantec prennant le nom du biologiste Félix Le Dantec (1869 – 1917). Entré dans le laboratoire de Pasteur en tant que préparateur, il est envoyé par ce dernier au Brésil pour fonder et diriger un laboratoire d’études bactériologiques. Il y mène plus particulièrement l’étude de la fièvre jaune. A son retour en France, il crée un cours d’embryologie générale à la Sorbonne à Paris qui prendra le nom de biologie générale en 1908. On lui doit de nombreux ouvrages de philosophie biologique et générale.
Au sud, en direction des boulevards des Maréchaux, la rue Guyton de Morveau, la rue Albin Haller et la rue Boussingault prennent les noms de trois chimistes français.
Louis-Bernard Guyton de Morveau (1737 – 1816), dont la particule fut supprimée suite à la Révolution, participa à la rédaction d’une partie de l’Encyclopédie de Diderot et  de d’Alembert et proposa une classification des éléments chimiques. Il est cependant plus connu pour sa fonction d’homme politique.
Albin Haller (1849 – 1925) étudia le camphre ainsi que des composés organiques. Il fut professeur à Nancy puis à Paris, à la Sorbonne, ainsi que le directeur de l’ESPCI ParisTech, de 1905 jusqu’à sa mort, où il y introduira un cours de chimie physique et de mécanique.
Jean-Baptiste Boussingault (1802 – 1887) se consacra essentiellement à la chimie agricole. Ses travaux sur l’azote vont révolutionner ce domaine de recherche et plus particulièrement la connaissance de la nutrition des plantes. Il découvre en effet que ce n’est pas l’azote contenu dans l’air qui est assimilé par la plante, puisqu’il se trouve sous la forme d’un gaz, mais que c’est l’azote organique contenu dans le sol. Il réalise également des travaux sur la photosynthèse et met au point un alliage d’acier au chrome.

Nous allons maintenant continuer notre balade en se rapprochant de différents hôpitaux où de nombreuses rues prennent les noms de médecins.
Près de l’hôpital Broca se trouve la rue Vulpian. Alfred Vulpian (1826 – 1887) était un médecin français qui se consacra essentiellement à l’étude du fonctionnement et des pathologies du système nerveux. Il va convaincre Louis Pasteur de réaliser le premier vaccin contre la rage sur un jeune garçon de 9 ans, mordu pas un chien. Il étudiera également la sclérose en plaques, maladie dont il est le premier à utiliser le terme.
Dirigeons-nous maintenant vers l’hôpital des Peupliers où se trouve tout autour, les rues des docteurs LandouzyLeray, Lucas Championnière et Tuffier.
Louis Landouzy (1845 – 1917) s’intéressa particulièrement à la maladie infectieuse de la tuberculose. Il laisse son nom à une affection provoquant un affaiblissement des muscles, qu’il décrit avec le médecin Jules Déjerine (croisé dans le 20ème).
Adolphe Leray (1865 – 1921) s’est spécialisé en radiologie. Il fonde d’ailleurs le département de radiologie à l’hôpital Saint-Antoine de Paris. Il meurt suite à son exposition de nombreuses sources de rayonnements qu’il étudiait.
Just Lucas-Championnière (1843 – 1913) dirigea de nombreux hôpitaux parisiens (l’hôpital Cochin, l’hôpital Saint-Louis ou encore l’hôpital-Dieu). Il s’intéresse aux travaux d’un de ses confrères britanniques, Joseph Lister, concernant l’antisepsie. Il va alors publier, pour la première fois en français, un ouvrage sur les vertus des produits antiseptiques intitulé Manuel de chirurgie antiseptique, et en devenir un des fervents propagandiste. Dans la maternité de l’hôpital Cochin qu’il dirige à cette époque là, il introduit le savonnage des mains avant les interventions et le traitement des plaies à l’acide phénique, ce qui a eu pour conséquence de diminuer le taux de mortalité de moitié.
Théodore Marin Tuffier (1857 – 1929) s’est livré à de nombreux travaux de chirurgie expérimentale (estomac, poumons, cœur, rein etc.) qu’il appliqua par la suite à la chirurgie humaine avec un grand succès. Il réalise pour la première fois des anesthésies par injection de cocaïne dans le canal rachidien.

De l’autre côté du boulevard Masséna se trouvent la rue du Docteur Bourneville et la place du docteur Yersin.
Désiré Magloire Bourneville (1840 – 1909), neurologue français, se voua à la prise en charge des « idiots et des épileptiques ». Il va militer afin que tous les enfants handicapés reçoivent une éducation ce qui conduira au vote d’une loi en 1909, pour un système scolaire adapté à eux, connecté avec le réseau éducatif classique.
Alexandre Yersin (1863 – 1943), médecin et bactériologiste suisse naturalisé français , il entre à l’Institut Pasteur où il participe, aux côtés d’Emile Roux (croisé dans le 17ème), aux travaux sur la diphtérie. Lors d’un voyage à Hong-Kong pour étudier la nature de l’épidémie de peste qui y fait rage depuis 1894, il isole le bacille de la peste. Cette découverte lui vaut l’honneur de donner son nom à la bactérie : Yersinia pestis. De retour en France, il prépare un sérum antipesteux qu’il expérimente en Chine puis en Inde, mais qui s’avéra être inefficace. Il s’installera au Vietnam, où il va poursuivre ses recherches en les finançant avec la culture de l’hévéa, arbre dont on extrait du latex pour fabriquer le caoutchouc. Alexandre Yersin fait partie des rares français dont le Vietnam d’aujourd’hui honore encore la mémoire.

Notre balade du 13ème arrondissement s’achève ici! A très vite pour de nouvelles balades scientifiques.

Amélie Cabasse

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2 réflexions au sujet de « Vers la butte »

  1. Bonjour, j’ai découvert votre blog via kidisciences. Merci pour toutes ces balades dans Paris. J’attends avec impatience votre passage dans mon quartier (14eme) avec Bezout, d’Alembert, Sophie Germain… :-)

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