Sous le pont Mirabeau

Aujourd’hui, je vous propose de partir à la découverte de l’arrondissement le plus vaste et le plus peuplé de Paris. Direction le 15ème, également appelé arrondissement de Vaugirard, pour découvrir les scientifiques ayant laissé leurs noms à quelques rues.

Le 15ème arrondissement est divisé en 4 quartiers administratifs :

  • Quartier Saint-Lambert
  • Quartier Necker
  • Quartier Grenelle
  • Quartier Javel

Le parc des expositions de la porte de Versailles, une soixantaine d’ateliers d’artistes en tout genre rassemblés dans la Ruche, le parc André-Citroën avec à ses côtés, le pont Mirabeau… Voici un petit aperçu de ce que vous pouvez croiser dans cet arrondissement.

Le Pont Mirabeau

De notre côté, commençons notre expédition scientifique par la rue d’Arsonval, à côté du Boulevard Pasteur, faisant référence à Arsène d’Arsonval (1851 – 1940). Ce physicien et médecin français doit son renom à ses découvertes dans le domaine de l’électricité médicale. Il met au point, par exemple, une méthode thérapeutique au moyen de courants haute fréquence, appelée darsonvalisation, qui s’avérera être, quelques décennies plus tard, inefficace. On lui doit également le premier téléphone agréé par les P.T.T, ainsi qu’un vase isolant qui consiste en une bouteille de verre composée de deux parois avec du vide à l’intérieur.

Ce vase sera amélioré plus tard par le chimiste britannique James Dewar, et prendra le nom de bouteilles thermos.

De l’autre côté du Boulevard Pasteur se trouve la rue Brown-Séquard. Elle est nommée en hommage au neurologue et psychologiste Charles-Edouard Brown-Séquard (1817 – 1894), qui fut l’un des premiers à étudier la physiologie de la moelle épinière. Il découvre que celle-ci est composée de nerfs et il laisse son nom à un syndrome neurologique dû à une lésion grave de la moelle.

Le phylloxéra

Entre les stations de métro Volontaire et Pasteur, voici la rue Emile Duclaux. Emile Duclaux (1840 – 1904), physicien, chimiste et biologiste, a travaillé de nombreuses années auprès de Louis Pasteur, dont il écrit une biographie intitulée Pasteur, histoire d’un esprit. Ses recherches se sont portées sur le processus de fermentation de la bière, sur la pasteurisation du lait, sur la transformation chimique du lait en fromage, ou encore sur le phylloxéra, puceron qui ravage nos si belles vignes. En 1895, il prend la succession de Louis Pasteur à la tête de l’Institut Pasteur. Un de ses proches collaborateurs, Emile Roux (1853-1933), laisse son nom à la rue que nous empruntons maintenant, la rue du Docteur Roux, dans laquelle se situe l’Institut Pasteur.

Emile Roux y travailla, aux côtés de Louis Pasteur et d’Emile Duclaux, sur la maladie du charbon, le choléra des poules ou encore la rage. En 1889, il découvre la toxine diphtérique, responsable de la diphtérie, maladie qui fut la plus grande cause de mortalité infantile au XIXe siècle. En 1894, il met au point une méthode de traitement curatif, la sérothérapie. Il devient directeur de l’Institut à la mort d’Emile Duclaux, en 1904.

A quelques pas d’ici, la rue Anselme-Payen rend hommage au chimiste Anselme Payen (1795 – 1871), qui prendra successivement la direction d’une usine de borax, minerai utilisé entre autre dans la fabrication de savons ou d’engrais, puis d’une fabrique de sucre de betterave. Il met en évidence la cellulose qui est le principal constituant des végétaux et du bois. On lui doit de nombreux ouvrages de chimie appliquée tels que Traité de la pomme de terre ou Traité de la fabrication de diverses sortes de bières.

Les prochaines rues vers lesquelles nous nous dirigeons se trouvent à côté du square Saint-Lambert. Tout d’abord, la rue Péclet, du nom du physicien Eugène Péclet (1793 – 1857), qui fut l’un des fondateurs de l’Ecole Centrale de Paris. Il laisse plusieurs écrits dont un Traité élémentaire de physique.
Poursuivons notre route avec la rue Joseph-Liouville. Joseph Liouville (1586 – 1653) est un mathématicien (1809 – 1882) qui, tout comme Eugène Péclet, fut professeur à l’Ecole Centrale, à Polytechnique et au Collège de France. Ses activités d’enseignant lui prenaient une grande part de ses activités. Il fonda le Journal de mathématiques pures et appliquées, qui est à l’heure actuelle toujours édité.

Suivez-moi, nous allons maintenant en direction du quai de Grenelle.
Empruntons tout d’abord la rue Gramme, nommée en l’hommage de l’électricien belge, Zénobe Gramme (1826 – 1901).
Élève médiocre, il préférait se consacrer aux travaux manuels. Tout d’abord ouvrier dans une société de construction d’appareillage électrique, il se perfectionne en entrant trois ans plus tard chez le constructeur Ruhmkorff. En 1869, il met au point le premier générateur de courant électrique continu : la dynamo. Son but était de convertir de l’énergie mécanique en électricité. Ce système fut utilisé jusque dans les années 1960 pour produire l’électricité dans les automobiles.

Pour rejoindre le quai, prenons à présent la rue Rouelle, puis au bout, tournons à droite pour pénétrer dans la rue Schutzenberger. Ces rues prennent les noms de deux chimistes français, Guillaume-François Rouelle (1703 – 1770) et Paul Schutzenberger (1829 – 1897). La rue Nélaton et la rue Nocard, qui rendent hommage aux médecins Auguste Nélaton (1807 – 1873) et Edmond Nocard (1850 – 1903), nous permettent d’arriver à destination.
En 1738, Guillaume F. Rouelle ouvre son propre cours public auquel vont assister de nombreux élèves, parmi lesquels Diderot, Lavoisier ou encore Parmentier. La réputation de ses cours est telle qu’elle lui procure en 1742 le poste de « démonstrateur de chimie au Jardin du Roi ». En parallèle, il s’intéresse à l’inflammation des huiles ou encore à l’embaumement des momies.
Paul Schutzenberger a quant à lui montré une grande curiosité dans différents domaines de la chimie. Il a découvert l’hydrosulfite de soude, que les industriels utilisent en teinturerie afin de réduire la couleur indigo, ainsi que l’acétate de cellulose, matière plastique que l’on retrouve par exemple, dans les montures de lunettes.
Auguste Nélaton fut le chirurgien personnel de Napoléon III, et sauva le général Garibaldi de l’amputation en lui ôtant une balle qu’il avait reçue au pied, ce qui lui valut à l’époque une grande célébrité. Il invente une sonde qui porte son nom, permettant de localiser les projectiles lors de blessures par armes à feu, et met au point une intervention permettant de relier les deux extrémités d’une artère lors d’hémorragies.
Enfin, Edmond Nocard, vétérinaire et microbiologiste, aida Louis Pasteur et Emile Roux dans leurs expériences de vaccination d’animaux contre le charbon. Il étudia le choléra des poules et fit construire un bâtiment spécialement dédié aux recherches et au traitement de la fièvre aphteuse. Il démontra que la propagation de la tuberculose à l’homme provenait du lait ou de la chair des bovidés atteints.

Longeons à présent le quai de Grenelle pour arriver rue BalardAntoine-Jérôme Balard (1802 – 1876) était un chimiste et pharmacien. Il ouvre sa propre officine (ancien nom donné aux pharmacies) et en parallèle, donne des cours de chimie dans plusieurs écoles de Montpellier. Il découvre le brome grâce à un procédé qui consistait à analyser le contenu en iode des plantes marines. Cet élément chimique sert entre autre à blanchir les tissus, à désinfecter l’eau, ou encore à fabriquer des gaz lacrymogènes. En effet, lorsque l’on est exposé aux vapeurs du brome, ce que je ne vous souhaite pas, nos yeux s’irritent et on éprouve une certaine difficulté à respirer, ce qui en fait une substance idéale pour la fabrication d’armes lacrymogènes. Il réussit également à extraire le sulfate de soude de l’eau de mer, ce qui lui vaudra d’obtenir la grande médaille à l’exposition internationale de Londres, en 1862.

La prochaine rue à droite, c’est la rue Cauchy. Le nom de cette rue fut donné en l’honneur d’Augustin Louis Cauchy (1789-1857), mathématicien français, dont l’oeuvre a fortement influencé le développement des mathématiques au XIXe siècle. Il découvre en effet plus de 30 théorèmes et formules et étudie une multitude de domaines. Ses travaux sont d’ailleurs publiés dans les Œuvres complètes comprenant 27 tomes qui rassemblent environ 800 articles couvrant l’analyse, l’algèbre, la mécanique et les probabilités. Il enseigna également à Polytechnique, au Collège de France et à la Sorbonne, à Paris.

La rue Leblanc longe le parc de l’autre côté. Nicolas Leblanc (1742 – 1806) est un chimiste qui a réussi à extraire du carbonate de soude de l’eau de mer, composé chimique utilisé dans l’industrie du verre et dans celle du savon. Cette méthode d’extraction est connue sous le nom de procédé Leblanc, qui sera utilisé jusqu’à la fin des années 1870.
Notre balade va se terminer à l’opposé de l’endroit où nous nous trouvons actuellement. Quelques minutes en métro suffisent pour nous retrouver rue Fizeau, du nom du physicien et astronome Hippolyte Fizeau (1819 – 1904), qui se concentra sur l’étude de la lumière. Il réalise la toute première photographie nette du soleil puis se lance dans la mise au point d’expériences visant à mesure la vitesse de la lumière sur Terre. En 1849, il réussit cette mesure en utilisant la méthode dite « de la roue dentée », et obtint la valeur de 315 000 km/s.

Appareil de Fizeau, roue dentée

Une valeur plus que correcte compte tenu des moyens techniques de l’époque. En 1850, lui ainsi que son ami et collègue Léon Foucault, entreprennent une très ingénieuse expérience consistant à étudier un rayon de lumière réfléchi grâce à un miroir tournant. Ils prouvent ainsi que la lumière se déplace moins vite dans l’eau que dans l’air.

Notre itinéraire scientifique du 15ème s’achève ici, entre les rails de la gare Montparnasse et le square Georges Brassens. Je vous dis à très vite pour de nouvelles virées scientifiques!

Amélie Cabasse

Rendez-vous sur Hellocoton !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>