La marche de Ménilmontant

Nous voici au cœur d’un ancien village de Paris, que l’on nommait, il y a plusieurs siècles, « Mesnil mau temps », ce qui voulait dire « la maison au mauvais temps ». Au fil des années, ce nom a évolué et est devenu « Mesnil-montant » en raison de sa situation en pente. Aujourd’hui, place au 20ème arrondissement, également appelé, vous l’aurez deviné, arrondissement de Ménilmontant. Tout le monde est prêt? Alors, suivez le guide! 

Le 20ème arrondissement est divisé en 4 quartiers administratifs :

  • Quartier de Belleville
  • Quartier Saint-Fargeau
  • Quartier du Père-Lachaise
  • Quartier de Charonne

Des balades nécropolitaines au cimetière du Père-Lachaise, des danseuses burlesques qui s’effeuillent à la Bellevilloise, de magnifiques pièces au Vingtième Théâtre, voici ce qui vous attend dans le 20ème! De mon côté, c’est une virée scientifique que je vous propose aujourd’hui.

Située entre les squares Antoine Blondin et de Grés, se trouve la première rue que nous allons emprunter aujourd’hui, la rue Victor Segalen. Médecin de marine, Victor Segalen (1878 – 1919) a parcouru le monde, se découvrant ainsi une réelle passion pour les voyages.

En Chine, il soigne les victimes d’une épidémie de peste et, en tant qu’archéologue, il fait de nombreuses recherches consacrées aux monuments funéraires de la dynastie des Han. Victor Segalen était avant tout un poète, inspiré par ses différents séjours à l’étranger.

En nous rapprochant du cimetière du Père-Lachaise, nous traversons la rue Lisfranc, nommée en l’honneur du chirurgien Jacques Lisfranc (1787 – 1847). Sa notoriété vient principalement de ses recherches sur l’amélioration de méthodes chirurgicales qu’il effectue à la Salpêtrière : amputations, fractures, etc. Dans ses cours de médecine clinique, l’art des opérations devint une véritable science et ses talents de professeur attirèrent de nombreux curieux.

A côté de la station de métro Gambetta se trouve la rue Malte Brun que nous rejoignons, faisant référence au géographe danois, Conrad Malte Brun (1775 – 1826). Il fonde en 1807 Les Annales des voyages et écrit de nombreux ouvrages, le plus célèbre étant Précis de géographie universelle, composé de 6 volumes. Conrad Malte Brun n’était pas un homme de terrain et s’inspira de récits de nombreux autres géographes pour écrire les siens. Il était convaincu que seules de bonnes publications pouvaient faire progresser la science. Son intérêt pour la politique étrangère le conduisit également à rédiger des articles dans le Journal des débats.

A quelques pas se situe l’hôpital Tenon autour duquel nous allons emprunter quelques rues. Tout d’abord, la rue Orfila, qui prend son nom au médecin et chimiste d’origine espagnole, Mathieu Orfila (1787 – 1853). En 1813, il publie un traité de toxicologie, qui fut traduit dans plusieurs langues, ce qui lui valut sa célébrité à travers toute l’Europe. Il donna plus de 60 000€ pour la création d’un musée, qui porte désormais son nom, le Musée Orfila, et qui n’est autre que le plus grand musée d’anatomie de France. Il a également créé le Musée Dupuytren qui traite d’un sujet peu commun, les pathologies anatomiques. Si vous souhaitez aller visiter ces 2 musées, sachez qu’ils se trouvent dans le 6ème arrondissement de Paris.

Devant l’entrée de l’hôpital, voici la rue Bretonneau dont l’origine du nom vient du médecin Pierre Bretonneau (1778 – 1862). Il observe, diagnostique et répertorie ses malades avec une grande rigueur, ce qui lui amena à penser que les maladies étaient causées par les microbes. Il est le premier à décrire la fièvre typhoïde ainsi que la diphtérie, deux maladies infectieuses. Il découvre également qu’une maladie pouvait se manifester différemment suivant le patient, c’est le début de la médecine dite moderne : observer pour trouver une solution aux maladies.

A deux pas d’ici, la rue du Docteur Paquelin rend hommage à Claude André Paquelin (1836 – 1905), à qui nous devons le thermocautère, instrument médical permettant de cautériser une plaie grâce à la chaleur. Il suffit maintenant de traverser l’avenue Gambetta afin de se retrouver rue Henri Poincaré, du nom du mathématicien, physicien et philosophe Henri Poincaré (1854 – 1912) dont les travaux lui valurent une renommée mondiale.
Il s’intéresse au problème dit « des trois corps », qui consiste à trouver toutes les solutions des équations mathématiques décrivant les mouvements de trois astres s’attirant les uns les autres sous l’effet de la gravitation, comme par exemple, la Lune, le Soleil et la Terre. En physique, il a publié des travaux dans les domaines de l’optique, de l’électricité, de la propagation de la chaleur ou encore des ondes hertziennes. Il rédigera également de nombreux articles de philosophie scientifique. Ses livres ont connu un très grand succès et ont contribué à établir encore d’avantage sa renommée.

Quittons maintenant les environs de l’hôpital pour aller rue Darcy, qui longe le réservoir de Ménilmontant, l’un des 5 principaux réservoirs d’eau de la ville de Paris. Patrice Darcy (1725 – 1779) était un mathématicien irlandais naturalisé français. Il invente le principe de moment angulaire qui est une grandeur utilisée pour décrire l’état général de rotation d’un système physique.

Finissons de contourner le réservoir pour aller de l’autre côté du boulevard périphérique, rue Evariste Galois, rendant hommage au mathématicien, Evariste Galois (1811 – 1832), mort à seulement 21 ans lors d’un duel pour une femme.
A 15 ans, il dévore les écrits de grands mathématiciens. Comme le souligne son maître d’école, « la fureur des Mathématiques le domine ». A 18 ans, il publie son premier mémoire qu’il envoie à l’Académie des Sciences. Celle-ci le rejette arguant que « le raisonnement n’en était pas assez clair, ni assez développé pour lui permettre d’en juger la rigueur ». Et pourtant, Galois fit des découvertes de la plus haute importance sur la théorie des équations. La nuit précédent son duel, Galois essaya d’écrire toutes ses idées mathématiques et chargea, dans une lettre à un de ces amis, de faire connaître aux mathématiciens de l’époque ses différentes découvertes.

On traverse de nouveau le périphérique pour trouver la rue du Docteur Labbé. Léon Labbé (1832 – 1916) fut chirurgien dans de nombreux hôpitaux parisiens (la Salpêtrière, Saint-Antoine, la Pitié, Lariboisière ou encore l’hôpital Beaujon). On lui doit l’opération dite de la fourchette, qui consiste à extraire un corps étranger de l’estomac. Il fut effectivement le premier a osé ouvrir l’estomac d’un jeune garçon, pour en extraire une fourchette que ce dernier avait ingurgitée. Il profita de sa fonction de sénateur de l’Orne pour présenter au Sénat différentes lois, dont la Loi Labbé, qui a rendu la vaccination contre la typhoïde obligatoire pour les soldats français.

La rue Vidal de La Blache se situe juste à côté et prend le nom du géographe Paul Vidal de La Blache (1845 – 1918). Son oeuvre est dominé par le souci de développer une géographie moderne et scientifique.
Il fonde la revue, les Annales de géographie, qui va être la base de l’Ecole française de géographie, fondée entre 1870 et 1914, sous son impulsion. Elle correspond à un moment crucial du développement de la pensée géographique. Celle-ci prend en effet place au sein des institutions d’enseignement supérieur. Il est également l’auteur du fameux atlas général Vidal-Lablache.

Près de la porte de Montreuil, plusieurs rues attendent impatiemment notre visite. La rue des Docteurs Déjérine, la rue Charles et Robert, la rue Lippmann et la rue Noël Ballay se suivent les unes les autres.
La première tient son nom du docteur Jules Déjérine (1849 – 1917) et de sa femme Augusta Déjérine-Klumpke (1859 – 1937) qui travailla avec lui. Jules Déjérine a écrit de nombreux ouvrages, éclairant ainsi d’importants domaines de l’anatomie, des maladies nerveuses etc. Avec son épouse, première femme interne des hôpitaux de Paris, il publie un Traité d’anatomie des centres nerveux, qui reste un ouvrage remarquable grâce aux images très réalistes  réalisées à partir de coupes anatomiques.

La deuxième rue rend hommage au physicien Jacques Charles (1746 – 1823) et à Marie-Noël Robert (1760 – 1820), qui fut son acolyte lors de leur ascension en ballon en 1783. En effet, Jacques Charles, qui avait confirmé le résultat du chimiste Henry Cavendish sur l’hydrogène, comme quoi il était 14 fois plus léger que l’air, eu l’idée de remplacer l’air chaud utilisé par les frères Montgolfier, par ce gaz. Avec Noël Robert, ils réalisèrent ainsi le premier vol avec un ballon gonflé d’hydrogène, le 1er décembre 1783, dix jours après le vol historique de Pilâtre de Rozier.

Le ballon s’est envolé du jardin des Tuileries, pour finir son voyage, 35 kilomètres plus tard, à Nesles-la-Vallée. Jacques Charles est également l’inventeur de l’altimètre.

Gabriel Lippmann (1845 – 1921) était quant à lui un physicien, auteur de nombreux travaux scientifiques sur l’étude des phénomènes électriques, l’optique et l’élaboration de dispositifs de mesure. Il reçoit le prix Nobel de physique en 1908 pour son invention d’un procédé de photographie en couleurs. Il réussi en effet l’exploit de reproduire par la photographie les tonalités et les teintes des couleurs grâce à un procédé révolutionnaire basé sur un phénomène d’interférences.
Enfin, la dernière rue dans les environs de la porte de Montreuil prend le nom du médecin Noël Ballay (1848 – 1902). Il accompagna l’explorateur Pierre Brazza lors de sa première expédition dans l’Ogooué, fleuve du Gabon, où il soignera les populations atteintes par la variole. Ballay devient le premier gouverneur de la Guinée française en 1891 afin d’améliorer l’hygiène dans la région.

C’est ici que nos chemins se séparent. Je vous laisse regagner vos doux foyers, et vous dis à très vite pour une nouvelle randonnée scientifique parisienne!

Amélie Cabasse

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